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Article de l’UEF.be “En quête de mythes européens”, L’Echo, 21/4/2017

En quête de mythes européens

Un rapport intitulé ” L’Europe à la recherche des Européens. La voie de l’identité et du mythe ” rédigé par Gérard Bouchard, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les imaginaires collectifs, a récemment été publié par l’Institut Jacques Delors – Notre Europe .

Le professeur Bouchard propose de (ré)visiter les mythes nationaux des Etats membres de l’Union européenne afin d’y trouver une source d’inspiration pour la formulation de mythes proprement européens. En un mot, de nouveaux mythes prolongeraient et étendraient les mythes nationaux. Son approche s’inscrit ouvertement dans la vision européenne de Jacques Delors qui prônait la Fédération d’Etats-Nations : “Les puristes de la pensée fédéraliste m’ont reproché ce que cette notion contient de contradictoire. À quoi je réponds qu’un projet fédéral qui ne respecterait pas le poids et l’identité des nations n’aurait aucun avenir en Europe. Aujourd’hui, je vais même plus loin. Grâce au mélange qu’elle incarne entre la légitimité des peuples et celle des États, entre unité et diversité, entre dimension politique et territoriale, une fédération d’États nations est le seul modèle politique vers lequel devrait tendre la grande Europe. Et si, pour en arriver là, un groupe d’États pionniers doit un jour lancer le mouvement, il ne faudra y voir rien d’autre qu’une étape intermédiaire” .

Le drapeau étoilé, l’ode à la joie, la journée de l’Europe (9 mai) et la devise de l’UE in varietate concordia (Unie dans la diversité) ne suffisent pas.

Nous, Fédéralistes européens, voulons plus d’ambition afin d’arriver in fine aux Etats-Unis d’Europe, cette idée défendue déjà par Victor Hugo et Giuseppe Mazzini au XIXème siècle et, plus près de nous et de façon plus pragmatique, par Altiero Spinelli ou Guy Verhofstadt. Nous sommes convaincus qu’il faut développer le sens d’appartenance à l’Union, une véritable identité européenne, substrat indispensable au futur de l’Union.

Le rapport rédigé par l’historien canadien arrive à point nommé dans une Europe traversée par des mouvements politiques souverainistes. Selon Bouchard, le projet politique d’intégration européenne ne dispose pas de fondements symboliques – en particulier des mythes – capables d’agir en tant que force unificatrice et mobilisatrice qui soient en mesure d’affronter les crises actuelles que traverse l’Union européenne. Le drapeau étoilé, l’ode à la joie, la journée de l’Europe (9 mai) et la devise de l’UE in varietate concordia (Unie dans la diversité) – ne suffisent pas.

Fondements symboliques nationaux

L’attitude de méfiance voire de rejet des pionniers de l’UE vis-à-vis des nations et du nationalisme constitue aujourd’hui un obstacle au projet d’intégration européenne. Dans les faits, cette méfiance s’est traduite par la volonté des pionniers de l’UE de substituer aux fondements symboliques nationaux, des fondements symboliques européens purement basés sur un ordre rationnel, universaliste et cosmopolite. Pour sortir de cette crise des fondements symboliques de l’UE, Bouchard suggère d’arrêter de mettre en concurrence ses fondements symboliques avec ceux des nations.

L’UE doit plutôt réhabiliter les nations en tirant profit de leur puissant potentiel symbolique et accepter qu’elles deviennent le socle à partir duquel soient reformulés les fondements symboliques européens. A ce titre, l’auteur en appelle à une européanisation des mythes nationaux. Comme Fédéralistes européens, nous appelons au plus grand respect de la diversité – culturelle notamment – mais aussi à une plus grande supranationalité dans des domaines qui jouent un rôle important dans l’inconscient collectif. Pensons à la sécurité au sein de l’UE, au développement durable et à la lutte contre les changements climatiques ou à l’espace européen de la connaissance.

Les fondements symboliques incarnent les énergies qui permettent de donner sens à un projet politique collectif.

Pour Bouchard, toute forme de lien social et à fortiori toute construction d’une entité collective à grande échelle comme l’UE ne peut être basée que sur des fondements symboliques partagés. Par fondement symbolique, il entend une langue commune, une série de croyances, de valeurs, d’idéaux, de normes, de récits et de visions du monde qui se traduisent en mythes, en identités ou encore en représentations collectives qui donnent du sens à la vie de tout un chacun. L’auteur écrit : le fondement symbolique est le lieu des significations les plus profondes, des émotions et du sacré (religieux ou non), grâce à quoi il favorise la solidarité et soutient les institutions. En d’autres termes, les fondements symboliques incarnent les énergies qui permettent de donner sens à un projet politique collectif.

Bien qu’ils soient soutenus par la raison, par exemple au travers des productions intellectuelles, les fondements symboliques se nourrissent de l’émotion voire de la part d’irrationnel qu’il y a en chacun d’entre nous. Ces dimensions sont effectivement très absentes de la ‘construction communautaire’ dont les termes mêmes reflètent une approche fonctionnaliste et utilitariste.

D’après Bouchard, lorsque le projet d’intégration européenne a vu le jour, les pionniers de l’Union ont choisi de doter leur projet d’authentiques mythes fondateurs tels que la rationalité, le pragmatisme mais aussi la paix, l’harmonie, la coopération, la solidarité et la prospérité. Or, au cours des décennies qui ont suivi, ces mythes fondateurs ont perdu de leur vigueur, et surtout ils n’ont pas été revisités à l’aune des évolutions qu’a connu l’Union.

Créer des mythes

L’auteur canadien n’hésite pas à l’affirmer: l’UE s’est construite en opposition aux nations ainsi qu’au nationalisme perçus comme portant la responsabilité des atrocités des deux guerres mondiales. Dans un tel contexte, il n’est guère surprenant que les fondements symboliques, parmi ceux-ci les mythes, qui seront portés par l’élite européenne éclairée à l’aube de la construction européenne seront bien différents des fondements symboliques des nations européennes. Pour Bouchard, si les choix fondateurs des élites européennes paraissaient appropriés après-guerre, il manque aujourd’hui à l’Europe unie les sentiments de fierté, de confiance, d’enthousiasme dont l’avenir a aujourd’hui désespérément besoin. Le passé n’est pas utilisé comme source d’estime de soi affirme encore Bouchard.

Loin de nous l’idée de réhabiliter les nationalismes dans ce qu’ils ont de plus abjects, dans le rejet de l’autre et de l’exclusion, concepts fondamentalement opposés au fédéralisme européen. Mais retenons de l’étude du Prof. Bouchard la proposition de mettre un terme à la concurrence des mythes européens et des mythes nationaux. Il s’agit selon lui de créer des mythes européens qui soient un prolongement des cultures nationales afin que ces dernières ne perçoivent plus l’UE comme une menace. C’est ce processus qu’il nomme l’européanisation des mythes nationaux. Et nous ajouterions, que cela doit permettre un saut qualitatif dans l’intégration européenne et donner un supplément d’âme à l’Europe, éléments qui devraient être à l’agenda des célébrations des 60 ans du Traité de Rome.

* Franklin Kimbimbi, Domenico Rossetti di Valdalbero, Bogdan Birnbaum, Michele Ciavarini Azzi, pour l’Union des Fédéralistes Européens (www.uef.be)

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